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RENE GUERRA

  Collectionneur de l'art Russe du début du XX siècle.

Universitaire, historien de la littérature Russe et de l'art de l'émigration Russe. Agrégé d'Université, Docteur d'études Slaves.

En 1991 il a créé au Sud de la France, prés de Nice, un atelier Franco-Russe. C’est plus précisément aux Berre-les Alpes, (Alpes -Maritimes), village de ces ancêtres, que se trouve cette maison-atelier permettant à des créateurs d'origine Russe et Russes de s'imprégner du atmosphère régional, lieu "ressource" "exceptionnel, et de communiquer avec la nature et la culture Française. La maison, en outre, possède une galerie d'exposition, René Guerra ne prend pas de commissions sur les vente effectué dans cette galerie par un artiste lors de son séjour.

Il est aussi Président de l'Association loi 1901 pour la sauvegarde du Patrimoine Russe en France.

Propos recueillis par Anna Filimonova lors d’une interview de René Guerra, car il ne pouvait pas assister au colloque, appelé à Nice pour la préparation de la saison de l'atelier Franco-Russe.

Du point de vue de l'identité nationale: deux questions m'intéressent par rapport à des artistes à qui je consacre ma collection

Comment être Russe, être Peintre et vivre en France ?

Comment peut on étre Peintre, écrivain en étant coupé jusque' à 1991 de sa mère Patrie ? Entre 1917 et 1920 les artistes ont quitté la Russie pour créer librement et garder leur identité. Si l'émigration a été souvent une tragédie au niveau personnel, elle a été une opportunité et une chance pour la création. Beaucoup sont devenus de grands peintres français:

Nicolas de Staël, Serge Poliakoff, Serge Cherchoun, Lanskoy, Survage., Certains tout en étant trés connu à l'Occident restaient Russes : comme Gontcharova et Larionov.

Beaucoup de ces peintres étaient aussi de trés bons écrivains de la langue russe, ils écrivaient en russe et moi étant tout d'abord le spécialiste de la langue Russe et de la littérature russe, je connais ces textes et je les admire.

Korovine avait écris des trés beau textes, ainsi que Cherchoun, et les autres. Comment gardaient-ils cette identité intacte ? Comment pouvaient-ils rester en émigration tellement Russes, cela m'a toujours beaucoup préoccupé, c'est une énigme pour moi..

A partir de 1991, face aux changement intervenus en ex-Union Soviétique, à la fin de la pérestroika je me suis intéressé à la peinture Russe Contemporaine. Interdit de séjour auparavant, cette recherche était impossible pour moi, et d'ailleurs je n'étais pas trés intéressé d'y aller, je n'aime pas les dictatures...

Aujourd'hui c'est autre chose, c'est pourquoi, étant un grand amateur de la Russie, j'ai voulu faire inscrire dans l'histoire de la peinture russe le village de mes ancêtres, j'ai crée avec mon frère cet atelier Franco-Russe, où j'invite les peintres contemporains trés différents: connus et pas célébres du tout, d'origine Russe, ou d'autres pays de l'espace de l'ex-URSS, à condition qu'ils respectent la Culture russe et se sentent proches de cette culture.

J'ai invité un artiste trés connu en Ukraine Doubovik, avec grande pompe on a invité l'Ambassadeur de l'Ukraine, d'Ukraine nouvelle, indépendante. Je respecte le souveraineté de l'Ukraine, mais cet artiste qui parle russe, comme vous et moi, il a été ravi de passer un séjour dans cet atelier et pour lui il y avait sûrement une liaison entre les deux pays, et la culture russe ne lui était pas étrangère. Et c'est ça la condition nécessaire pour être admis dans cet atelier;

L'expérience de l'activité de cet atelier est récente, mais j'ai déjà reçu une quarantaine de peintres pour un court séjour d'un mois, à raison de 5-6 peintres par an. Mon rève c'est de faire une exposition dans cinq ou dix ans pour voir comment ce passage s'est reflété dans le travail d’ artistes tellement différents;

Alors est-ce que ces peintres sont vraiment russes ? Qu'est-ce qu'il ont de particulier ?

Je pense qu'il ont des choses en commun....

D'abord, ce sont des peintres qui ont du métier, qui ont fait des Académie de beaux-arts et qui savent dessiner, ce qui n'est pas une mauvaise chose à mon sens.

D'autre part ils ont du talent, qui est trés important pour moi...

L’orientation de leur travail n'est pas trés important e pour moi, j'aime bien les abstraits et les figuratifs, j'ai déjà eu un artiste de Kiev qui avait fait une installation.

Mais là-bas, aux Berre les Alpes.... ils peuvent faire ce qu'ils veulent, je suis pour la liberté de la création, mais enfin c'est quand même la Côte d'Azur, il y un certain public, ce n'est pas Paris, et s'ils veulent vendre...Enfin ils sont libres de créer ce qu'ils veulent....

D'autre part ce sont en général des artistes qui ont voyagé, qui connaissent l'art international... mais ils continuent à travailler avec leur convictions et souvent leur travail attire le public même non averti, sans que ce public sache, par exemple, que Madame Nesterova ou Tatiana Nazarenko sont trés connues en Russie. Ca plaît parce qu'il y a du talent, parce qu'il y des choses qui passent entre le public et l'artiste.

Je tiens à préciser pourquoi je veux faire fonctionner cet atelier. Je pense que leur séjour tout en étant trés court, pour influencer réellement le travail d'artiste, reste important pour leurs relations avec le monde international. Nous organisons des expositions quand l'artiste le souhaite et la presse locale se déplace à ces expositions. Il peut visiter les alentours, il y a aussi l'école de Nice et j'essaie de faire en sorte que les artistes puisse rencontrer les artistes français. Il y énormément de musées qu'il peuvent visiter des collections et des expositions prodigieuses.. Tout ça permet d'établir des contacts et ça c'est trés intéressant pour moi.

Alors c'est ainsi dans ma vie le passé le présent et l'avenir de la culture Russe en France vit d'une manière trés oecuménique.

Voici mon approche, n'oubliez pas que le passé soviétique n'est pas très lointain, on verra comment on va le dépasser.;

Je crois qu'un artiste est par définition un citoyen du monde. Le drame des peintres soviétiques était d'étre coupés du monde, maintenant il n 'y a plus ces barrières, (en théorie car il y toujours des problèmes matèriels) on peut voir et pour un artiste c'est trés important. Ce que je reproche à certains peintres de la troisième émigration c’est qu’ils restent dans leur coin. Je pense que si on veut de la création il faut d'abord de la liberté. Cela ne veut pas dire que je suis l'internationaliste à l'outrance, il ne faut pas perdre son identité.

 

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