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OSCAR RABINE

  L'artiste a-t-il besoin d'une identité nationale ?
Si l'on prend en considération l'affirmation des amateurs de l'art contemporain officiel, que "l'Identité Nationale" n'est pas nécessaire à l'artiste peintre, alors il faudra accepter l'idée qu'elle est même nuisible du fait qu'elle empêche de suivre le chemin qui débuta dés la fin du 19ième siècle.
Dans la recherche de la nouveauté il faudrait d'abord noter toutes les critiques et appréciations qui apparurent durant des siècles, refusant, au début à la peinture, le droit à un sujet, puis la représentation du monde d'objet, et plus tard le conceptualisme, la performance, l'installation. Et on arriva à une situation où non seulement le tableau devenait désuet et inutile, mais il s'avéra même que l'artiste peintre n'était plus utile, puisqu'il était remplacer part le critique d'art - le curateur - le fonctionnaire, qui, du fait de sa position autoritaire, prétendait être le seul à avoir droit aux idées et à la création, utilisant à ce niveau l'artiste peintre comme un artisan-peintre en bâtiment.
Il y a, il est vrai, une explication possible pour ces tendances dans l'art du 20ième siècle. Pour l'accomplissement de la brusque évolution de la civilisation technologique, exceptionnelle dans l'histoire; il a été nécessaire de démettre les dieux, se prosterner devant la science et la technique, renoncer aux traditions et à l'immense héritage culturel. La culture et l'art reçurent un rôle auxiliaire et secondaire, il ne leur était reconnu que le droit d'utiliser que ce qui nécessaire au quotidien. Et si la technique s'emballa vers l'avant, en art on se mit à faire les pitres, à mal imiter les sauvages et les enfants ou bien simuler la folie.

Y a-t-il une alternative à cela?
Oui, il y en a une, à condition que l'on ne considère pas comme nouvelles toutes les idées du 20ième siècle qui, aujourd'hui sont devenues déjà anciennes et qui demain feront partie de l'histoire.Le nouvel art doit commencer par ce qui différencie l'art de la science, de la technique et de l'industrialisation. Comme la science ne peut pas être nationale il faut que dans l'art on cherche et on développe les racines et les traditions nationales. Du fait que la technique n'a pas besoin d'être individuelle, unique, il faut donc priser la non répétitive de la personnalité humaine, son individualisme.L'industrie ne peut se passer de la standardisation tandis que la standardisation est semblable à la mort pour l'art. La science et la technique s'adressent à tous et à personne en particulier, l'art, qu'en à lui, se doit de chercher le chemin du coeur de chaque être, personnellement.
Cette alternative est possible qu' à la condition que les artistes peintres cessent de se considérer seulement comme de petits rouages de la machine humaine. Et qu'ils se mettent à chercher et à découvrir ces extraordinairement rares lueurs de talent et de génie qui se manifestent chez certaines personnes de par une volonté suprême, et qu'ils ne nient pas ces traits individuels (y compris les traits nationaux), qui permettent de s'élever au niveau spirituel et esthétique, qui se nomme "Art". Il faut s'arrêter et regarder en arrière et de ne pas avoir honte de revenir aux valeurs que nous ont offert Dieu ou la nature. Et ne pas se répéter ce qu'il nous a été suggéré au 20ième siècle: que toutes ces valeurs étaient désuètes, que tout cela datait d'hier, que nous n'avions besoin que de ce qui est "nouveau".
On peut être fier de la liberté qu'ont obtenue les hommes au 20ième siècle. Mais il faut se souvenir aussi que la liberté est valable pas que lorsqu'elle ne sert pas qu'au but d'une puissance matérielle. Et si le science peut se donner comme tâche d'aller sur la planète Mars, etc..., l'individu lui peut créer le monde magique de l'art, qui n'existait pas avant lui et qui restera après lui, tandis que Mars deviendra une banale province de la terre.
Je veux donner encore un exemple, qui me semble,en tant que parisien encore plus convainquant. Si jusqu'à nos jour les gens considèrent Paris comme une ville merveilleuse,ce n'est ni grâce ni malgré l'architecture et la sculpture moderne. Personne ne vient à Paris pour voir la tour Montparnasse. Tous ont les même chez eux. Mais on vient du monde entier pour voir Notre-Dame de Paris.
Tout ce qui a été indiqué si dessus ne contredit en rien l'art "grand public" ( comme le film "Titanic" par exemple), ni les quartiers impersonnels d'habitation, ni les standards dans les vêtements, la nourriture, la vie de tous les jours. Mais cela est un autre débat.

Paris 6/04/98

 

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