| BORIS ZABOROV | ![]() |
| La conscience de la
nationalité, lartiste et lart contemporain Pourquoi ces derniers temps, se pose la question de
lidentité de lartiste et de son sentiment de la conscience de sa
nationalité ? " En tant qu'artiste vous sentez-vous comme un artiste? : Russe, Français, Juif... " Lorsque jentends une réponse dune forme trop
tranchée, je soupçonne derrière de la malice, et ressens comme une sorte de fierté ou
de vanité. Le mécanisme secret de lart, principe naturel du don artistique, la " chimie " de la conscience créative, ne sont pas du ressort de lévolution, du progrès ou de la conscience de la nationalité. Mais laccumulation dun produit matérialisé de lart, exprimé dans des formes concrètes artistiques, est, depuis de nombreux siècles, inséparable de lévolution humaine : Elle forme la civilisation culturelle mondiale. Dans ce contexte, la question initiale sur lidentité nationale de lartiste prend une importance primordiale. Ici, il me semble que le moment est opportun de porter le
raisonnement sur la précieuse valeur de la touche nationale, en ce qui concerne les
oeuvres artistiques. Entre en ligne de compte, sans équivoque possible, la partie principale dune culture matérielle ou dune autre, qui ne déterminent pas lidentité du créateur. Cest plutôt tout cela, qui est un fond ou un milieu de plan, où se forme et séduque le sentiment national. Pour un artiste, lidentité nationale est une substance secrète, cachée dans la profondeur de sa nature spirituelle, et gardée dans la mémoire génétique de plusieurs générations. Le don, donné par la nature, lui permet non seulement
daccumuler une expérience culturelle de ses prédécesseurs, mais aussi
dillustrer cette expérience dans les formes concrètes de lart.
Lartiste apparaît comme le gardien du feu, allumé dans lâtre de la culture
nationale. Dans la lutte du Bien et du Mal, donné au monde depuis sa création, l'Art n'a jamais été une zone neutre dans cet affrontement. Nos cent dernières années sont en cela un exemple. Il semble que la trinité Beauté, Bonté et Vérité, considérée comme intouchable, soit violée par les attaques du Mal. Voilà l'image schématique des vecteurs de la lutte dans l'art du XXème siècle; comme un organe complet sur une radio de mauvaise qualité. Les premiers tremblements du monde lors du début du siècle : La Première Guerre Mondiale, et la Révolution, les chefs de la révolution se sont occupés de détruire les principes sociaux, politiques, moraux et autres de la société. Les artistes furent dans les premiers rangs révolutionnaires des enthousiastes de bonne volonté. Les objectifs désignés par eux pour la destruction, sont différents de ceux de leurs idoles révolutionnaires. Et voilà dans le ciel rouge a flamboyé des slogans comme : "A bas les traditions, Vive l'art prolétarien !". C'est ainsi que le Mal a montré ouvertement la direction générale de la lutte, en utilisant l'enthousiasme naïf et souvent sincère de l'intelligensia créative. La révolution gagna. Leurs chefs, en posant leurs
derrières dans les fauteuils encore chauds du pouvoir précédent, en retenant leur
souffle, ont remarqué les enthousiastes agités, avec leur espèce de carré noir, qui,
d'un droit usurpé, s'autoproclamaient "AVANT GARDE". Et en un instant, l'enthousiasme des volontaires et de
leurs supportaires fut annihilé et remplacé par l'entousisme d'autres artistes, mais
avec la seule différence que leur "enthousiasme de volontaire" à eux
s'allumait sur un signal du pouvoir. Mais avec le temps, le pouvoir a commencé à enfler,
perdant de sa mobilité et de sa vigilance. Le Bien a lui aussi des dents. Sinon le Mal ne pourrait avoir d'adversaire, et nous n'aurions pas pu avoir de discussion sur ce thème. Et voilà que dans les couloirs du socialisme réaliste,
est né la sédition. Elle commença à grignoter les fondements semblant encore
récemment indestructibles. Ce mouvement, un peu plus tard fut nommé "non
conformisme". Dans les états possédant des institutions démocratiques, la lutte du Mal et du Bien, en général, et en particulier, dans le domaine de l'art, se passait et se passe autrement : il y est plus dure et plus contradictoire. Au début du siècle, dans l'art européen occidental, il
y avait plusieurs directions et plusieurs styles, ainsi que quelques groupes unis par tel
ou tel manifeste menant des luttes avec l'art classique ou entre eux, en utilisant des
méthodes traditionnelles.. Le Mal se sent plus sûr dans d'autres lieux géographiques, où il n'est pas à gêné par des contraintes morales, étiques et démocratiques. Donc il est tout à fait vrai que le XXème siècle a vu
naître ses plus grands artistes dans les champs européens et particulièrement sur les
Champs Elysées. Mais cela signifie-t-il que le Mal de la filiale de la
partie Ouest européenne a déposée ses armes. Le slogan "A bas la tradition" n'a pas brûlé dans les feux de la révolution russe. Les apologistes du mal l'ont conservé pour des temps meilleurs. Et ces temps sont arrivés. Petit à petit, les grands artistes du siècle disparurent. Il y a vingt ans, la mort de Pablo Picasso a dressé un bilan de l'art de notre siècle. Picasso ne fut pas seulement le conservateur du feu sacré allumé dans l'âtre de ses prédécesseurs , mais aussi le Grand Prêtre Sacrificateur. Quand ce feu s'éteignit, la grande figure puissante cessa d'inquiéter le Mal. Lui, comme un bandit dans l'ombre a ressenti une grande liberté d'action. Le slogan "A bas la Tradition" est équivalent à l'attentat à l'identité nationale dans l'art. C'est la grande direction du Mal aujourd'hui : "Dépersonnaliser l'art". Effacer les signes de la personnalité. Autrement dit assécher l'océan vivifiant de l'art mondial, avec ses immensités multiformes et le transformer en désert à visage unique. Il ne faut pas nier les succès du Mal sur ce chemin
durant ces vingt dernières années. Le consommateur naïf et néophyte dans l'art en voyant partout aujourd'hui la production dans laquelle ces signes sont entrés, avale cet appât se soumettant inconsciemment à l'effet de l'association (effet de la publicité. Cette production peut être différente, mais l'existence des "signes codés" est une condition absolue, comme la présence des codes barre sur les produits de supermarchés. En visitant les musées d'art contemporain dans les différents pays et continents, je me suis aperçu, non sans étonnement, de la naïveté de la conviction de ma persuasion passée que l'art officiel est la priorité des régimes totalitaires. Dans toutes les formes de l'art contemporain, de
l'Amérique au Japon, j'ai rencontré les rangs des mêmes noms avec l'ajout des
représentants locaux qui s'unissent l'un à l'autre comme un conglomérat de cercles
concentriques. La situation est identique dans la plupart des galeries
"sérieuses", qui ne sont rien d'autre que des succursales de ces musées. Ou alors : "Le roi est nu ! " : et les adultes,
dans la mesure de leur perversité, comprendront par quelques signes irréfutables que le
début de la créativité du roi est éteinte. Quelques uns se rappellent peut être, les mots
prononcés par un héros d'une pièce de Tourgueniev: "L'Avant Garde, vous savez,
peut se transformer facilement en Arrière Garde... tout dépend des changements de
direction". Les adultes avec leurs regards débarrassés des
propagandes verront des foules d'artistes bourgeois de salon, dont les oeuvres ne serait
qu'un élément de décor intérieur, comme un papier peint ou un meuble. Ils choisiront
leurs oeuvres selon les conseils des revues épaisses à papier glacé et pages en
couleur.. Et les plus intelligents d'entre eux verront dans cette
histoire "qui s'est répétée plusieurs fois" que chaque début de révolution
se transforme en opposition réactionnelle contre elle même. Et que le feu de l'art, allumé dans l'âtre de nos ancêtres, qui a réchauffé l'homme sur le chemin de l'évolution durant plusieurs siècles peut, et lui seul, éclairer des directions nouvelles dans l'art à l'aube naissante du nouveau millénaire. |
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