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ALEXANDRE DANOV
  (adaptation du russe)

L'artistes contemporain a-t-il besoin d'identité nationale?

Naturellement du point de vue administratif, la nationalité n'a rien de compliqué, elle dépend pour l'artiste, comme pour tout acteur de la société, du pays où il est né, ou du pays où il vit. La question est diffèrente quand on se demande si l'oeuvre d'art peut avoir ou non une nationalité . Autrement dit l'oeuvre d'art peut-elle être nationale ? A mon avis, l'oeuvre est internationale, mais...

Pourquoi en regardant l'oeuvre d'un artiste chinois, né et résidant en Chine, y perçoit-on des traits typiquement nationaux ? Parce que son quotidien se refléte dans son oeuvre? Et si l'artiste vit à l'étranger ? Il se peut fort qu'il continue à traiter de sons passé, toujours présent dans son imagination et ses rêves. Mais de toute façon, ses images, ses thèmes, son langage artistique évoluent. Il a une vision différente de celui qui vit a l'intèrieur du pays. Il se peut encore qu'en quittant son pays d'origine, l'artiste se soit éloigné des thèmes de ce pays, de sorte qu'on ne le perçoit plus comme un artiste national chinois.

Cette question de la nationalité ou plutôt d'appartenance nationale de l'artiste ne date pas d'aujourd'hui.

Les évolutions que connaissent les États sur le plan territorial et du développement culturel font que les nations sont en permanence influencées les unes par les autres.

Toutes les périodes de l'histoire de l'art on connu des migrants devenus un enjeu de fierté entre leur pays d'origine et leur pays dit "d'accueil".

Les exemples ne manquent pas : Théophan le Grec :illustre fondateur de l'ecole russes de peintures d'icônes dont le nom continue à refléter à travers les siècles ses origines étrangères.

Ou encore Le Greco, à la fois grand peintre espagnol...italien( ? )ou fierté de la Grèce, dont il est originaire comme l'indique son identité initiale, Domenikos Théotokopoulos. Picasso, Chagal, la liste est loin d'être exhaustive.

Avec le XX siècle, il est encore plus complexe de situer et d'identifier un artiste. Notre époque est en effet marquée par l'extraordinaire diversité des styles et des techniques artistiques, ce qui me semble tout à fait naturel dans cette période de développement de la communication et de liberté de circulation de l'information.

Les thèmes sociaux et de description du quotidien, les éléments nationaux ont déserté le travail des artistes. Les préoccupations et les langages artistiques sont de plus en plus variés et difficiles ˆàdéterminer et à identifier.

En outre, les possibilités de communication entre personnes de nationalité différente se développent sans cesse, ce qui, à mon sens, revét une importance considérable pour la création.

Toutefois, je peux affirmer sans hésitation que je me considère comme un artiste russe. Il va sans dire par ailleurs que, lorsque je travaille, je ne pense pas à ma nationalité. Il me semble tout aussi incongru de réfléchir à l'appartenance nationale pendant le processus de création, que d'imaginer le prix de vente possible du tableau réalisé. Mon travail s'appuie sur des émotions et des réflexions philosophiques.

Ensuite, en revanche, une fois le travail achevé, l'opinion du public ne m'est pas indifférente. Je voudrais en effet que le contenu de l'oeuvre trouve un écho chez ceux qui la regardent.

C'est précisément pour cette raison que j'estime que le travail et les oeuvres de l'artiste ont une dimension internationale, tout en étant d'abord individuels. Mais il reste qu'en tant qu'individu, l'artiste est marqué par son appartenance nationale.

Lorsque je vivais en URSS, étant originaire du Daghestan, j'ai dû suivre les traditions officielles issues des formes d'expression folkloriques de cette république caucasienne. Aujourd'hui c'est différent, pourtant, malgré les nombreuses années vécues en Allemagne en ayant le statut officiel de citoyen allemand, et même si je représente souvent l'art allemand à l'étranger, je me sens intimement lié à la culture russe. Je me perçois comme un artiste russe parce que j'ai été marqué au plus profond de moi par les modes de pensée de mon pays d'origine. Je considère que la personnalité de tout individu est en quelque sorte façonnée par son parcours, son vécu, son appréhension du monde et ses aspirations.

Et c'est pourquoi, la création de l'oeuvre d'art, du fait qu'elle représente un acte profondément individuel, porte toujours l'empreinte de l'héritage culturel de l'artiste.Du moins lorsqu'il s'agit d'une véritable oeuvre d'art et non d'un produit commercial.

Je souhaiterais dans ce contexte aborder la question de l'enseignement.

Je constate avec une grande tristesse le manque d'intérêt de la jeunesse pour les époques artistiques antérieures au XXième siècle, et ce, à l'heure où les élèves peuvent avoir facilement accès à toute l'histoire de l'art mondial et de la culture dans les musées, les livres, les films ou encore sur internet. Je suis le témoin de cette tendance regrettable notamment en Allemagne, où j'enseigne régulièrement à un public d'étudiants.

Or, prétendre devenir un véritable artiste sans avoir de connaissances réelles sur l'Antiquité, la Renaissance et la culture de l'humanité dans toute la richesse de sa diversité, me paraît aberrant.

Il faudrait accorder davantage de place aux pays que l'enseignement actuel tend à négliger, s'efforcer d'appréhender cette richesse, ce potentiel de connaissances, enfin, comprendre les mélanges et croisements de traditions qui ont présidé à l'émergence de nouvelles formes d'art, telles que le cinéma ou la création assistée par ordinateur.

Mais l'art ne supporte pas le dilettantisme et peu d'étudiants en ont conscience. Rares sont ceux qui s'intéressent à ces questions et rares les lieux où on leur enseigne encore ce professionnalisme.

Je souhaiterais par ailleurs ajouter quelques mots sur les oeuvres pseudo-artistiques purement commerciales. Après la chute du rideau de fer, de plus en plus d'artistes russes sont venu s'installer en Occident. Mais d'après moi ceux qui peuvent prétendre au titre d'Artiste sont de moins en moins nombreux. Beaucoup trop de ces artistes cherchent à s'adapter rapidement à l'économie de marché en ayant comme principale question à l'esprit: "Qu'est-ce qu'on peut vendre ici?". Pendant longtemps l'exploitation des sujets sociaux et idéologiques d'un point de vue satirique a été de mise; aujourd'hui, ils sacrifient à l'engouement bon marché pour le conceptualisme dans le but de s'inscrire dans la tendance en tant que nouveaux représentants de la Russie.

Il y a peu de personnes pour penser que la suprématie actuelle de la négation de la représentation et de la notion abstraite des valeurs artistiques puissent avoir les racines idéologiques. Je vais me risquer à formuler une hypothèse assez impopulaire et rarement exprimée. Et si cette exaltation des formes abstraites et du "tout permis" était un moyen de propagande dans le cadre de la lutte idéologique de la démocratie et de la liberté occidentale contre le régime soviètique ? J'ai eu l'occasion de lire certains documents d'archives publiées sous la présidence de Bill Clinton.

Je dirais, sans crainte de passer pour un rétrograde, que le temps fera son travail, ne retenant de notre siècle et de toute cette révolution visant à la destruction des traditions culturelles, que les éléments réellement féconds. Le reste disparaîtra aux oubliettes.

Et le caractère de consommation massive de l'art, ou plutôt de ses erzats, imposé surtout par les critères du marché s'inscrira dans l'histoire sociale, mais certainement pas dans l'histoire de l'art.

Moi, je travaille pour le 21-ième siècle, et j'aurais tendance à qualifier mon style de "neo-renaissance". Je voudrais travailler pour l'humanité, conférer à mes peintures une dimension humaine et indivuduelle et non créer une oeuvre artistique vide et abstraite .

 

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